Les Italiens

Un projet de Massimo Furlan

Création le 24 janvier 2019 au Théâtre de Vidy, Lausanne (CH).


Historique du projet

Ce projet prend son origine dans la performance Blue Tired Heroes présentée lors de la carte blanche Slow Life au Théâtre Vidy Lausanne en juin 2016. Nous avions travaillé pour ce projet avec huit des retraités italiens qui chaque jour se retrouvent dans le foyer ou sur la terrasse du théâtre pour jouer aux cartes. La performance expérimentait le processus d’incarnation de la figure héroïque de Superman à travers un costume extrêmement simple : le pyjama bleu, le slip et les chaussettes rouges. Les interprètes qui avaient tous plus ou moins 70 ans, atteignaient en fait l’âge réel du personnage de Superman. Dans ce travail il était question de faire apparaître des corps ordinaires dans des postures et des compositions extra-ordinaires, surdéterminés par leurs costumes et en même temps camouflés dans le paysage, explorant dans ce processus les limites entre survisibilité et invisibilité. Depuis ce moment-là nous avons gardé contact avec l’équipe, nous avons continué à parler avec eux, et décidé, avec certains d’entre eux, de continuer une aventure sur scène. Le projet Les Italiens a débuté à l’automne 2017. Nous sommes en train de faire connaissance, de s’apprivoiser, d’apprendre à jouer avec eux, d’écouter leurs histoires, en groupe et en discussions individuelles. Puis ces rencontres vont déboucher plus tard dans l’année sur une période de création proprement dite. Il s’agit de laisser volontairement le processus ouvert, que le travail puisse s’inventer au fur et à mesure, et se construire au fil des rencontres. Se trouver face à un processus de travail étiré dans le temps nous a beaucoup intéressé lors de l’expérience Hospitalités.
Nous voulons axer le travail autour de plusieurs lignes de réflexion, et construire autour de ces lignes une suite de témoignages. Il s’agira de recueillir des paroles, des récits, des souvenirs personnels ou collectifs, des points de vue sur leur monde, des anecdotes familiales.

Les thèmes abordés seront tous liés, de près ou de loin à la figure de Superman : Superman, qui, comme Moïse, est déposé dans dans un berceau, pour échapper à la destruction. Figure de l’immigré, il doit s’adapter à son lieu d’adoption, la Terre. Enfant trouvé, recueilli, il va se fondre dans sa nouvelle communauté, devenir comme les autres. Mais ses pouvoirs, sa force surhumaine, ses capacités hors norme vont le distinguer et lui permettre de sauver la terre, maintes et maintes fois.


L'immigration

En Suisse, comme dans beaucoup de pays européens, la communauté italienne représente la première vague d’immigration, dans les années 1960. Les immigrés viennent de toutes les régions d’Italie, beaucoup de Sicile, de Sardaigne, des Pouilles, mais aussi du centre et du Nord. Leurs origines, leurs milieux sociaux économiques sont tous différents et leurs traditions, coutumes, langues, cuisines, varient. Pourtant, lorsqu’ils arrivent en Suisse, ce sont « Les Italiens ». Une seule communauté. Nous aimerions comprendre à la fois cette multiplicité, ces histoires singulières, ces trajectoires individuelles, et ce qui les relie, ce qui fait une identité collective, celle des Immigrés. A travers des entretiens sur leurs familles, leurs métiers, leurs paysages, nous aimerions saisir ce qu’ils sont. Comment ils ont décidé de partir, comment ils ont construit leur propre monde, ailleurs. Ce à quoi ils ont renoncé, ce qu’ils ont reçu. Et pour eux, aujourd’hui, où se trouve leur «chez soi» ? Comment appréhendent-ils leur espace ?
Le temps

Nos témoins sont tous des hommes à la retraite. Nous voulons interroger la question de la vieillesse et la vulnérabilité qu’elle représente, mais également sa force spécifique qui est celle de l’expérience.
Evoquer ce que le temps fait au corps, comment celui-ci perd ses forces, se transforme, se bat, renonce, ou accepte. D’une part qu’est-ce que signifie l’expression «prendre de l’âge»? Comme si le temps s’accumulait dans le corps, comme des couches stratifiées, la matière terre de l’archéologue ou du spéléologue. D’autre part qu’est-ce qu’«avoir tout son temps»? qu’est-ce que le temps de la retraite qui s’étire, se suspend, comment se déroulent les journées, comment se construisent les habitudes, les rituels qui rythment les semaines.


L’amour

L’amour est le moteur des hommes et des héros. Quelles décisions sont prises pour l’amour ? Quels projets sont engagés par amour ? L’amour permet de trouver une place, de s’installer quelque part, de devenir plus grand, plus fort, plusieurs. En Italie, la culture de l’amour est puissante, la femme est au centre des regards, dans la littérature, la peinture, le cinéma, dans la vie quotidienne. Qui ont-ils aimé, qui aiment-ils encore ? Quels sont les rêves et les désirs qui les habitent ? Entre les images et le vivant, entre la représentation et le réel, où se glisse l’amour ?


La solitude et la communauté

L’immigré est celui qui quitte le groupe, qui se détache des siens pour partir. Figure de l’étranger, il est confronté à la solitude, la différence, son «costume» - son type, sa langue, ses traits, ses coutumes - le distingue des autres. Mais en même temps il côtoie d’autres immigrés, qui ne viennent pas forcément de son village, de sa petite communauté, mais qui viennent de son pays, parlent la même langue. Alors ils se retrouvent et créent des « cercles », partagent des activités, échangent des services et passent du temps ensemble. C’est comme ça que, depuis des années, Les Italiens se retrouvent au théâtre de Vidy pour jouer à la Coppa, tous les après-midis de l’année, tantôt sur la terrasse lorsque le temps le permet, tantôt à la cafétéria.
La solitude augmente avec l’âge : certains sont rentrés au pays, d’autres sont morts ou hospitalisés. Le rituel des cartes s’impose alors pour ne pas vivre dans un isolement grandissant.
Mais la communauté n’est pas uniquement italienne. Les Italiens sont devenus Suisses pour certains, ils votent, ils participent à la vie de la collectivité, du quartier, leurs enfants sont des «secondos», ils parlent le français sans accent, et ne se posent plus la question de leurs origines de façon aussi forte. A quelle communauté appartiennent les Italiens de Suisse ? de France ? d’Allemagne ? Quelle est leur regard sur la vie qu’ils ont contribué à construire ? Le métissage est partout à l’œuvre. Chacun, aujourd’hui, à la troisième génération, a des origines italiennes, espagnoles, portugaises, slaves, françaises, allemandes.

A travers ces différents axes thématiques, par des entretiens individuels et collectifs, nous chercherons à creuser la parole à des endroits singuliers, étranges, inattendus, nous efforçant d’éviter les clichés, les idées reçues, comme lors du processus de construction d’Hospitalités et nous nous attacherons à faire contraster les témoignages : à les monter, les assembler, pour leur donner un rythme, une construction. Ceci nécessite du temps et surtout d’accepter les accidents, d’accueillir ce qui est inattendu, de ne pas s’arrêter aux barrières, aux craintes de nos témoins pour les engager à transmettre leurs récits.

A partir de ces témoignages et en plus de leurs récits parlés, nous construirons un objet visuel, un univers fantasmagorique qui fera apparaître des images mettant en jeu les corps des Italiens vêtus du costume basique de Superman, celui avec lequel on jouait enfant, dans notre chambre, avant d’aller nous coucher : le pyjama. Les silhouettes bleues – corps vieillissants, ventres ronds, jambes maigres, cheveux blancs – seront tous en action, en ligne, en cercle, dans les postures les plus improbables, à l’épreuve du plateau.
Avec ce projet, ce que nous cherchons à transmettre c’est la sincérité de leurs paroles, de leurs corps, de leurs expériences, la profondeur de leur témoignage et c’est aussi le décalage, le burlesque des images, le rire, la tendresse et l’émotion naissant à la vue de ces êtres ordinaires qui deviennent extraordinaires et héroïques à nos yeux.


Distribution

Dramaturgie : Claire de Ribaupierre

Interprètes
Giuseppe Capuzzi
Orlando Dell’Estate
Stefano Nicoletti
distribution en cours

Danseuses : Alexia Casciaro et Nadine Fuchs

Lumière : Antoine Friderici

Musique : Miro Caltagirone

Son : Aurélien Chouzenoux

Maquilleuse : Julie Monot

Costumes : Anna van Bree

Régie Plateau et vols : distribution en cours

Direction technique :Jérôme Vernez


Coproduction : Théâtre de Vidy, Lausanne (CH)

Soutiens :
Ville de Lausanne, Etat de Vaud, Pro Helvetia - Fondation Suisse pour la Culture.
Loterie Romande
Fondation Ernst Goehner, Fondation Leenaards, Fondation du Casino Barrière,
Pour-cent culturel Migros.



Galerie photo