Le Cauchemar de Séville - Perfo Foot (2018)

Un projet de Massimo Furlan//Numero23Prod.

Tragédie en deux actes avec prolongations

Parfois, sur un terrain de football, l’intensité dramatique du récit est plus vraie et et plus vive que dans une salle de théâtre. En effet, tout se joue dans l’instant: chaque passe est décisive, chaque mouvement, chaque trajectoire, chaque chute comptent. L’histoire s’écrit en direct. Et elle provoque des émotions de joie, d’ivresse, de tristesse, ou de désespoir. En 1982, dans le cadre du championnat du monde de football, la France rencontre l’Allemagne en demi-finale à Séville. Il en résulte un des plus beaux matchs de toute l’histoire de ce sport. L’équipe de France de foot a peut-être écrit alors une des plus fabuleuses disputes qui ait été jouée, tant par son intensité dramatique que par la tension qui en a résulté. 120 minutes de combat et les tirs au but au final. Une dramaturgie exceptionnelle: de l’action, du rêve, de l’espoir, et enfin une déception énorme. Tout est parfait dans ce match: les ennemis sont de vrais ennemis, les héros sont plus forts qu’espérés, l’espoir est immense, l’injustice est totale, l’arbitre est mauvais. Combien d’entre nous, enfants, adolescents, adultes, avons rêvé d’être ces joueurs-là, d’incarner nous aussi dans notre vie la figure du héros tragique?
Inscrit dans la mémoire collective, ce match est devenu un récit qui se transmet de génération en génération désormais. Même si le dénouement de l’histoire est tragique, on a plaisir à la réécouter, à la revivre, à se glisser dans ces personnages-là. C’est au fond ce que que propose ce projet qui parle autant de notre imaginaire que de notre mémoire. Qui pose la question de comment écrire une histoire, de comment la transmettre, bref, qui parle du théâtre, et de la vie.

Le projet est donc de rejouer au plus juste, au plus près, cette fameuse dispute. De remonter et refaire le match dans son entier. Comme une chorégraphie. Retracer les mouvements, les actions, les drames. Pour cela il s’agit de constituer une équipe de 11 joueurs, amateurs, entraînés pour l’occasion, de les mettre sur le terrain du stade de Colombes et d’inviter le public à les soutenir et à se souvenir. Et bien sûr, dans le rôle titre, le commentateur, qui va conter le récit de cette partie en direct, nous entraînant dans l’instant du jeu, il y a 36 ans.


avec 14 volontaires :
Oscar Alvarez (Gérard Janvion), Frédéric Bonvoisin (Michel Platini), Jean-Pierre Gay (Michel Hidalgo), Marie-Claire Hanimyan (Patrick Battiston), Jérôme Hunault (Marius Trésor), Manuel Jack (Didier Six), Sylvain Labbe (Jean-Amadou Tigana), Thibault Lacoux (Manuel Amoros), Thierry Lamy (Bernard Genghini), Aurélie Laski (Maxime Bossis), Jérôme De Lavenne (Dominique Rocheteau), Charles Leplomb (Jean-Luc Ettori), Christophe Louis (Christian Lopez), Karim Radjebay (Alain Girelle)

et les commentateurs Hervé Mathoux et Stéphane Guy, journalistes à Canal +


En décembre 2002, lors du festival Les Urbaines, Massimo créait sa première performance autour du football, Furlan Numero 23 au stade de la Pontaise à Lausanne: il rejouait alors la finale Italie-Allemagne 1982, avec la victoire de l’Italie.
Depuis, il a décliné ce travail dans différents pays. Il a incarné tour à tour Platini au Parc des Princes à Paris puis au stade Vélodrome à Marseille, Boniek à Varsovie, Sparwasser à Halle et Hambourg, Madjer à Porto… Le match est à chaque fois rejoué dans sa totalité. Le temps, dans ce dispositif, est dilaté: il produit un écart entre l’instant historique où la partie a été jouée, et l’instant où elle est rejouée. Cette performance produit ainsi des fantômes: le joueur traverse le terrain sous le regard des spectateurs, entouré de 21 joueurs absents. Chacun revit et revoit alors la partie, écoute le récit qui lui est à nouveau conté. C’est une histoire dont chacun connaît le déroulement et la fin (le score), mais une histoire qui semble aussi à chaque fois passible de nouveaux rebondissements, de surprises: elle se tient sur le fil, comme si à chaque instant, la victoire ou la défaite pouvaient survenir et modifier le cours de l’histoire. Ici c’est le corps du performeur qui fait image, c’est l’espace qui sert de lieu de projection, et le récit du commentateur qui ouvre les portes de la rêverie.

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