La Bonne Aventure – Furlan et Fiat lisent l'avenir du spectacle vivant dans le tarot de Marseille

Un projet de Massimo Furlan & Christophe Fiat

Le projet

Au sujet des arts vivants

Quel avenir pour les arts vivants en France? La culture, depuis toujours, est soumise aux aléas de l’économie et de la politique. Dans le contexte actuel de crise généralisée, elle est menacée par les restrictions budgétaires, et elle essaie tant bien que mal de maintenir la tête hors de l’eau. Les arts vivants contemporains sont les premiers menacés, attirant la méfiance des partis populistes. Et dans ce contexte, les plus touchés sont évidemment les artistes eux-mêmes.
Face à cette situation d’incertitude, de remise en question, de doutes, de fragilité, Massimo Furlan et Christophe Fiat, ont décidé de se réunir pour questionner cette situation. Par quel biais? En faisant appel à la magie bien sûr. Christophe, performeur, écrivain mais aussi taromancien, va tirer en direct les cartes du tarot marseillais afin de lire l’avenir du spectacle vivant francophone. Massimo se placera en intermédiaire et traducteur, faisant passer le message à la salle, l’interprétant et dialoguant avec le spécialiste.
Pour chaque performance, les cartes sont véritablement tirées, donc la prédiction variera, inévitablement.

Magie et croyance

Au coeur de la performance se trouve la question de la magie et de la croyance. La cartomancie en tant que telle est une forme de spectacle, spectacle de foire plutôt. Mais aujourd’hui elle demeure occulte, le plus souvent cachée, reléguée aux émissions obscures diffusées sur des chaînes privées, apparaissant en masse dans les petites annonces publicitaires. Méprisée par la culture cultivée, elle est pourtant très souvent pratiquée, même par certains hommes politiques, dans le secret.
Depuis l’Antiquité et sans doute aussi loin que l’on puisse remonter, l’homme a souhaité connaître sa destinée, afin de savoir ce qui l’attend, de mettre des mots et des images sur la part totalement impénétrable de l’avenir: que se passera-t-il pour lui dans un instant, dans un jour, dans une année, dans dix ans? que va-t-il devenir? qui va-t-il rencontrer? quand va-t-il mourir? comment? Notre relation à ce qui arrive est soumise à la question de la croyance. Dans chaque société, certaines personnes occupent la place d’intermédiaires entre les hommes et les dieux, entre le monde visible et l’invisible. Le savoir conjectural chez les grecs anciens concernait aussi bien les médecins, les historiens, les hommes politiques, les potiers, les menuisiers, les marins, les chasseurs, les pêcheurs, que les femmes. Les éléments qui entrent en jeu dans ce type de savoir sont: le flair, le coup d’oeil, l’intuition.
Dans un registre plus spécifique, chamans, sorciers, magiciens, médiums ou artistes sont à l’écoute des signes et les interprètent. Ils lisent les messages, les traduisent, et les transmettent.

L’artiste en charlatan

Ici l’artiste se place dans une posture particulière, celle du médium. Il s’octroie le pouvoir de lire les signes, investi d’une mission au sujet de l’avenir du théâtre en général et de son avenir en particulier! Il joue, il détourne, questionne, et dessine la cartographie de la scène contemporaine. Cette posture est-elle sérieuse? Ou est-ce une farce? Une contrefaçon? Une charlatanerie? Où est le vrai? Où commence la fiction? Le spectateur hésite, la performance oscille. Mais celle-ci pose des questions réelles sur la question du pouvoir et de ses enjeux dans la définition du spectacle vivant. Quelle(s) forme(s) prend-il? Qui finance? Comment se construisent les affinités, les opportunités? Peut-on parler d’une carrière dans les arts vivants? D’un destin? Quelle est la part de chance, de bonne fortune? Comment gérer les échecs, les crises? L’artiste crée un rituel, une sorte de cérémonie médiumnique qui lui permet d’être à la fois dedans et dehors. A savoir dans le spectacle et le spectaculaire, et simultanément à l’extérieur, tirant les ficelles, se moquant de son propre dispositif. Concerné par la question de la crise économique, les décisions politiques, son avenir, conditionné par toutes ces contraintes, et en même temps s’amusant de la situation. Il joue avec le spectateur, avec ses doutes, son malaise, tout cela de façon burlesque.




Machine à histoires

Tirer le tarot pour lire l’avenir: jouer à voir, jouer la télépathie, jouer à être celui que l’on n’est pas, jouer vraiment. Il s’agit d’inventer un dispositif pour pouvoir raconter un récit hypothétique dont le sens dépendra de l’interprétation proposée. Pour Christophe, le tireur de cartes, comme pour Massimo, son interprète, il s’agit de reconnaître, non de découvrir, voire surtout de se reconnaître. Car l’artiste n’est pas en dehors du rituel, il le perçoit, le lit, ça le concerne. C’est aussi son histoire qu’il découvre. Il prend le risque de se confondre avec le sujet, de brouiller toute frontière et distinction: il devient la carte du tarot, il incarne l’histoire, la suite des signes, il en devient l’écho, pendant le moment précis de l’action magique. A travers la réussite ou l’échec du récit, il joue la réussite ou l’échec du théâtre.
La mise en jeu des cartes et de la lecture des signes questionne nos représentations et notre conception de la réalité. Cette machine qui fabrique toute seule du récit, apparaît comme un répertoire et un réservoir de potentialités, d’hypothèses, de choses qui ne seront peut-être jamais, mais qui auraient pu être. «Je crois que toute forme de connaissance doit aller puiser dans ce réceptacle de la multiplicité potentielle. L’esprit du poète, tout comme l’esprit du savant à certains moments décisifs, fonctionne par associations d’images, suivant un processus qui constitue le système le plus rapide de liaisons et de choix entre les formes infinies du possible et de l’impossible. L’imagination est une sorte de machine électronique: en tenant compte de toutes les combinaisons possibles, elle choisit celles qui obéissent à une fin, ou qui sont tout simplement les plus intéressantes, les plus agréables, les plus amusantes». (Italo Calvino)
Les deux artistes s’engagent donc à penser le monde dans lequel ils évoluent, tout en le divaguant, en le faisant proliférer, grandir, délirer, et se réorganiser de toutes les manières possibles.
Un monde qui s’ouvre et qui communique avec les autres acteurs des arts vivants, ses auteurs, et ses spectateurs. Afin de donner la parole aux signes invisibles, aux espoirs, aux envies, aux peurs, et aux fantasmes de chacun.


Création 6 et 7 octobre au Festival Montevideo 2015

Dramaturgie Claire de Ribaupierre

Performers Massimo Furlan, Christophe Fiat, Claire de Ribaupierre

Technique Antoine Friderici, Philippe de Rham

Costumes Severine Besson


Co-Production Festival Actoral, Ménagerie de Verre. Un projet initié par Hubert Colas dans le cadre de L'Objet des mots du Festival Actoral, en collaboration avec la SACD






Galerie photo