C'est fantastique

C’est fantastique
Un projet de Massimo Furlan, Numero23Prod.
Performance pour le Centre d'Art de Neuchâtel (CH) - Créée le 5 juillet 2014

Image, scénario:
Un tracteur tire une caravane, dans cette caravane se trouve un chanteur. Ils arpentent la ville de Neuchâtel. C’est l’été, à la période du Festival du Film Fantastique. La scène commence le matin, elle se poursuit toute la journée et se termine à minuit. La performance expérimente la question de la durée, de la voix, de l’adresse: une seule chanson, une longue litanie, une sorte de transe-variété, interprétée par Massimo Furlan.
C’est l’histoire d’une voix qui s’élève et qui traverse la ville, une voix qui apparaît, exaspère et disparait.
Le chanteur est accompagné tout au long de son périple par une série de choristes ou musiciens qui changent au fil des heures. Le chanteur lui aussi change d’aspect, de costumes. Les accompagnateurs apparaissent comme des fantômes au teint blanc, présences invisibles.
On voit passer la caravane dans la ville. On la retrouve ailleurs. Sous un pont. Aux frontières de la ville. Puis elle bouge encore. La chanson ne s’arrête jamais, comme un cauchemar. Toujours le même chanteur, la même voix. Devant la foule, au marché, sous un pont, face au lac. La journée passe, la chanson se poursuit. Puis vient la nuit, et la caravane poursuit son périple, comme un fantôme. Elle apparaît alors sur le lac, au loin. Une barge bouge lentement. On aperçoit la caravane et le chanteur, les fantômes choristes et les musiciens. On entend encore et toujours la même chanson, fatiguée, patinée. La barge passe face à la ville, très lentement puis s’éloigne, se perd à l’horizon dans l’obscurité. On entend presque plus rien. Plus tard, un bateau part à sa recherche, quitte le port, la rejoint. C’est le final.

Les protagonistes:
la caravane: elle évoque d’abord la maison ambulante, à savoir le camping, les vacances, l’été. Elle rappelle aussi le cirque mobile, faisant surgir des images d’enfance, de terreur, d’inquiétude liée au défilé de phénomènes baroques et de prodiges malsains, enfin elle fait surgir une sorte de petit théâtre pauvre, proposant un défilé de marionnettes ou de pantins, de costumes et de personnages étranges exécutant des suites de gestes incompréhensibles. Comme une bulle d’imaginaire, comme un cauchemar sur roulette.

le chanteur: on se souvient de la fête des vendanges, des chanteurs minables essayant de manière pathétique de représenter du rêve. Ces chanteurs qui incarnent l’archétype de la mauvaise variété. Une figure solitaire, anachronique, démodée, vaincue mais pas morte, tente, depuis le pont de sa caravane, de proposer des images romantiques, des décors de paillette, d’incarner l’amour dans une seule et unique chanson maladroite, doucereuse, languissante, assommante. Figure de l’artiste qui crie son rêve, qui interpelle, qui demande un regard, une écoute. Figure anonyme, sans talent ni épaisseur, dont la seule qualité est l’endurance: il tient, il dure et s’accroche à son rêve.

la chanson: une seule et unique chanson, qui a pour titre « c’est fantastique ». C’est une chanson d’amour, le moteur de toute chanson de variété: l’histoire d’un lien, d’un espoir, d’un corps, d’un regard, une chanson qui parle de la vie mais aussi bien sûr, comme toute chanson d’amour, qui évoque la mort, les fantômes, qui décrit la hantise, l’obsession, l’abandon. Une chanson monde, totale, énorme. Fantastique. Surnaturelle.

les accompagnateurs: des êtres fantômes, fantomatiques, aux teints pâles, aux vêtements colorés, dépareillés, se succèdent dans la caravane, et entourent le chanteur: ils l’accompagnent à la guitare, trompette, ou à la basse, ils chantent avec lui, en choeur. Silhouettes surgies de nulle part, protagonistes d’une histoire absente, manquante.

les spectateurs: les passants, les badauds, ceux qui font leur marché le samedi matin sur la grande place, les vacanciers, les habitants, les curieux. Ils tombent par hasard sur la caravane. Ils écoutent un moment, ils regardent, ils s’en vont. Ils ne connaissent pas l’itinéraire, mais peuvent suivre la caravane dans ses déplacements. Il peuvent peut-être interagir avec la performance en proposant un thème, un prénom, une phrase, que le chanteur peut intégrer à sa litanie.

la ville: autre protagoniste de la performance, la ville de Neuchâtel. Le parcours est pensé en fonction du panorama. La caravane s’inscrit dans le paysage, elle cadre un regard sur la ville. En changeant de lieu, elle change de public. En se déplaçant, elle propose une nouvelle image. La lumière se modifie, puisque la performance commence le matin vers 10 h00 et qu’elle se termine la nuit. L’image change donc aussi, l’atmosphère également. Il n’y a pas de récit, et en même temps, quelque chose se passe, qui évolue vers de plus en plus d’étrangeté. Un malaise qui grandit. Un épuisement qui s’affirme. Une tension, une fatigue, un lâcher prise.

le lac: le dernier élément de la performance c’est le lac: l’étendue, la surface, l’eau. La caravane devient bateau lorsqu’elle est posée sur la barge. Elle change de statut. Elle construit une image à part, dans l’étendue du paysage lacustre. Elle est plus étrange que jamais, isolée. Un monde en soi. La scène devient filmique: un long travelling.


Archives et documents: la performance sera enregistrée dans son entier, afin de faire une série de CD de cette chanson qui dure des heures et un coffret, avec photographies, images vidéos de la performance. Egalement matériau pour une installation.



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