Giacomo (2013)

Un projet de Massimo Furlan
Co-production : Théâtres de la Ville du Luxembourg; La Bâtie - Festival de Genève ; Arsenic, Lausanne; Théâtre Benno Besson, Yverdon-les-bains.
Tournées : Rote Fabrik, Zürcher Tanzfefestival, Zurich; Südpol Lucerne...


Le projet part du souvenir d’une image faisant partie d’une collection de cartes à jouer représentant des coureurs motos. Cette photo, datant des années 1970, représentait Giacomo Agostini, quinze fois champion du monde de 1966 à 1973, vêtu d’une combinaison de cuir noir, un casque sur la tête aux couleurs italiennes, assis sur sa motocyclette Agusta.

Le défi de la répétition
Ce projet s’articule autour de plusieurs questions qui constitueront les axes de notre travail. Il met tout d’abord en évidence la question du défi : qu’est-ce qui pousse le coureur à aller toujours plus vite, à tenter de dépasser son record, à être plus rapide que les autres, à engager à chaque fois la compétition, à rouler au-delà de ses limites. Pour l’exploit, pour devenir un héros. Comment un sportif peut-il faire et refaire les mêmes gestes, les mêmes circuits, les mêmes courses, années après années, avec toujours la même jouissance ? Il semble ne pas y avoir de lassitude dans la répétition. Celle-ci est intégrée, elle motive, elle donne un but. Elle rassure.

Le danger : le point limite du dépassement de soi
La course établit un rapport particulier au danger : la mort prend la forme du circuit, de la vitesse, mais aussi celle de la machine. Le risque est omniprésent, le danger est constant, pourtant le corps s’engage malgré tout. Le coureur cherche la perfection, le dépassement de soi et de la machine. Il est poussé en avant, inéluctablement, le plus rapidement possible : comme attiré par ce but, tendu vers la limite, vers la fin.

Un corps mécanique
Ce corps est un corps particulier, un corps mécanique, c’est-à-dire qu’il ne fait qu’un avec la moto, comme un corps hybride, composite, moitié métal, moitié cuir. Un corps qui naît dans le vacarme, la fumée, la vitesse. Un corps de science fiction, mais aussi un corps déjà démodé, daté : le modèle de la moto des années 70, le casque demi-sphère, les cheveux longs. Anachronique.

La question de l’icône
Ensuite, la figure héroïque de Giacomo Agostini amène la question de l’icône : chaque individu se choisit un modèle à imiter, qu’il soit enfant ou adulte. Chacun aime admirer les icônes, les observer, chercher à leur ressembler. Dans tout le travail de Massimo Furlan, il s’agit de jouer avec la vie des autres, de s’en emparer, d’établir un dialogue avec elle. De créer des liens, de construire des similitudes ou des oppositions. Imiter l’autre, celui qui reçoit la lumière, qui est au devant de la scène : le doubler ou le dédoubler, troubler, induire le doute.

Ce processus permet de raconter des histoires, de fabuler, mais aussi de faire penser : à la question du vrai et du faux, à la question de l’original et de la copie, en troublant leurs frontières, ne sachant plus ce qui est fictif ce qui est réel, ni qui au final est le modèle de qui. Au cœur de ce projet se tient la figure de l’artiste. Le projet montre plusieurs choses, il raconte plusieurs histoires à la fois, celle d’Agostini, celle de Furlan, celle de l’Italie des années 1970.

La forme circulaire
Enfin, la forme du projet prendra naturellement celle d’un mouvement circulaire, celui du circuit, qui nécessite de revenir toujours au même point. Il s’agit de tourner en rond, encore et toujours. Un nombre incalculable de fois. La forme est cyclique, répétitive, et pourtant, il y a une dernière ligne droite. Franchir la ligne, qui soudain se trouve devant soi. Deux formes s’opposent donc : celle du cercle, de la boucle, et celle de la ligne, de l’horizon.

Massimo Furlan et Claire de Ribaupierre

12 octobre 2013 Colloque «Le corps machine», textes des intervenants:




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