Sono qui per l'amore

un projet de Massimo Furlan, NUMERO23Prod. (CH)
Création: 17 au 27 avril 2008, Arsenic, Lausanne


Intentions de réalisation

Comme tout projet de Massimo Furlan, celui-ci ne s’appuie pas sur un texte préexistant, mais il va puiser dans la mémoire et dans la biographie de l’artiste.
Ce nouveau travail poursuit des intentions expérimentées depuis quelques années sur la notion d’interprétation : le jeu est minimal, et, ce qui est privilégié, c’est l’image qui fait tableau plus que l’individu comme acteur.

Sono qui per l’amore explore la question de la peur et plus particulièrement la peur qui vient de l’enfance, liée à la crainte de l’abandon. Pour cela le matériau de recherche puise dans les fondements mêmes du récit : les contes de fée. Récits primitifs, archaïques, desquels sont dégagés des axes, des articulations, des personnages : prince, princesse, enfants perdus, fée, sorcière, vieux roi, dragons et harpies. A cette série de personnages archétypaux s’ajoutent des figures issues du quotidien : père, mère, jeune fille, jeune homme. Sur le plateau, les mêmes interprètes incarnent les uns puis les autres, simultanément ou successivement. A travers une suite d’images et de situations, se révèle la puissance d’un affect - la peur -, si précisément transmise dans les contes, qui déroute l’enfant dans le récit, mais plus encore dans la vie, avec une intensité qui le renverse. Ce qui semble exagéré dans le récit n’est en fait que le miroir du réel pour l’enfant qui est totalement réceptif aux affects, qui ne filtre pas les sentiments et ne peut les mettre à distance.

Chaque séquence d’image est le résultat d’un point de vue spécifique : ce que le spectateur voit est, en fait, le regard de l’un des protagonistes ; il assiste à une sorte de monologue intérieur, monologue compris ici comme une suite d’images intérieures souvent angoissantes et cauchemardesques.
Soulignons qu’il ne s’agit pas de faire un spectacle « pour enfant » même si le point de départ est la question du conte et de l’imaginaire de l’enfant ; c’est une suite d’images « vues » par un enfant, construites avec la puissance terrifiante de son imagination. Se dresse un monde oppressant, presque abstrait, complexe dans sa structure narrative et temporelle.

Les figures se dédoublent (deux jeunes filles, deux fées, deux sorcières), elles confondent les âges et les générations, ce qui fait que l’on ne sait pas si la scène se joue dans un passé, ou si elle annonce un futur, si elle concerne un seul et même personnage, à un moment différent de sa vie, ou si elle entrechoque des vies différentes. Les repères temporels s’effacent, mettant en crise la chronologie : anachronisme et synchronisme se confrontent et se confondent. Prenons un exemple : la première image présente une mère embrassant son fils, l’enlaçant dans ses bras, puis le mouvement tendre se transforme peu à peu en étouffement ; dans la deuxième image, un père se présente avec sa petite fille, face au public, il l’abandonne, déclenchant une suite d’images cauchemardesques pour l’enfant. Le père a une ressemblance vestimentaire avec le jeune garçon aperçu dans la première scène : celui qui abandonne l’enfant est-il le même que celui qui a été étouffé, mais trente ans après ? ou les deux personnages surgissent-ils d’un même présent ?


Options techniques

La technique est intimement liée à l’image, considérant qu’une image scénique est constituée certes d’acteurs mais aussi de sons, de lumière et d’obscurité. Dans Sono qui per l’amore, la scène est comme une boîte dans laquelle le spectateur regarde. Cette boîte est noire, il faut donc de la lumière pour voir à l’intérieur. C’est une succession d’apparitions et de disparitions, s’enchaînant les unes les autres, se chevauchant parfois, avec en particulier une possibilité de lecture au premier plan et au deuxième plan : un cadre de scène et un tulle séparent le spectateur de l’espace du jeu ; un deuxième tulle, placé à l’intérieur de la boîte, permet de faire apparaître un plan tout en faisant disparaître l’autre. Ce système fait alterner ainsi premier et deuxième plan, ou les présente simultanément.

La lumière permet d’expérimenter la lecture et le temps de lecture d’une image. Elle varie entre lenteur et rapidité fulgurante, sur le mode du flash. Elle est temporelle. La lumière est une lumière picturale : plus qu’à éclairer, elle sert à modeler, dramatiser, non pas un acteur mais une image. Elle travaille sur des contrastes très marqués et elle sert à éclairer les personnages de la boîte. Elle n’éclaire qu’eux.

Toute image est constituée de sons qui l’accompagnent du début à la fin, très forts, souvent abstraits. Parfois le son est seul acteur d’une scène noire.
A trois moments du spectacle, seront diffusés les trois morceaux qui, au fond, sont la genèse du projet, dans le registre rock : A Forest des Cure, My generation des Who, et Sono qui per l’amore de Ligabue.


Avec la participation de:
Céline Bottarelli, Diane Decker, Louis Decker, Anne Delahaye, Philippe de Rham, Claire de Ribaupierre, Karine Dubois, Antoine Friderici, Lena Furlan, Lisa Furlan, Massimo Furlan, Laura Gamboni, Sun-Hye Hur, Hervé Jabveneau, Julie Monot, Marie-Jeanne Otth, Stéphane Vecchione.
(9 interprètes sur scène)

Une coproduction:
Théâtre de l'Arsenic, Lausanne
La Bâtie-Festival de Genève

Soutiens:
La Loterie romande, l'Etat de Vaud, la Ville de Lausanne, Pro Helvetia - Fondation suisse pour la culture, la Banque Cantonale Vaudoise

Lien vers presse:

De la féerie aux contes de fées
Sono qui per l'amore, Massimo Furlan à l'Arsenic
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Wer lauert da im Dunkeln?
Alles der liebe wegen
Sono qui per l'amore
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