La Bâtie, entre icône punk et plongée nippone

Marie-Pierre Genecand, Le Temps, 08.09.2009

Massimo Furlan et Oriza Hirata creusent des brèches dans le rendez-vous genevois

Malgré son âge vénérable – 33 éditions – et ses artistes confirmés, La Bâtie-Festival de Genève continue à surprendre, à déranger. Ce week-end, les facéties acide­s de l’Italo-Suisse Massimo Furlan, comme la réalité insomniaque du Japonais Oriza Hirata ont désarçonné un public qui plébiscite ces explorations.

L’an dernier, Massimo Furlan a sidéré le Festival d’Avignon avec des débats à la frontière entre réalité et plagiat. On y trouvait le vrai Hervé Vilard (le chanteur) se réclamant, pour de faux, fils de Jean Vilar (l’homme de théâtre). On y croisait encore la Vierge Marie et Jésus (les vrais?) et les sosies improbables de Romeo Castellucci et Valérie Dreville, artistes qui coprogrammaient cette édition 2008 du Festival d’Avignon. Soit une joyeuse confusion d’où émergeait, imperturbable, la parole d’un philosophe dissertant sur la filiation…

Dans "You can speak, you are an animal", à voir encore ce soir, même regard ironique sur les icônes et les grandes idées fondatrices. Massimo Furlan incarne Jaz Coleman, leader du groupe rock-punk Killing Joke dont plusieurs morceaux secoués émaillent la soirée. C’est lui, sous son maquillage grimaçant, qui ordonne la grand-messe entre nature et culture. Partisan d’une imagerie naïve, l’artiste représente la sauvagerie sous les traits d’un homme des cavernes, peau de bête et tignasse hirsute, tandis que la culture est suggérée par un petit garçon géant, culotte courte et chaussettes, à qui de noires sorcières tentent d’inculquer les rudiments du langage. Autour, un ours, faux vrai, et un ourson, tout faux, relaient cette idée d’avant et après la civilisation.

Le principe du spectacle? De courtes séquences qui ne font pas sens. En tout cas, pas directement. Sous l’absurde pointe peut-être une critique de notre folie de tout maîtriser. Du drôle lesté d’un fond de gravité.




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