Eclats de contes à l'Arsenic

Anne-Sylvie Sprenger, 24 Heures, 21.04.2008

Théâtre, "Sono qui per l'amore", la dernière création de Massimo Furlan à l'Arsenic, interroge les contes de fées en quelques images minimalistes. Critique.

Massimo Furlan n'aime ni les excès de paroles ni les chemins trop balisés. L'artiste lausannois croit en la force de l'imaginaire qui construit, reconstruit sa propre histoire - celle d'un spectacle en l'occurrence - à partir de bribes d'images "volées" dans la grande boîte noire d'un théâtre.
Comme pour ses précédentes créations, dont les envoûtants "Palo Alto" ou "(love story) Superman", Massimo Furlan a dessiné "Sono qui per l'amore", présenté ces jours à l'Arsenic, loin de toutes structures narratives et autres explications. En quelques images, surgies du noir où baigne le public, il réveille quelques sensations propres aux contes de fées: la peur, celle de se perdre dans une grande forêt ou d'être abandonné, l'amour, le rêve du prince charmant et de la princesse qui se retrouvent enfin.
Comme des flashs de quelques minutes, les images s'offrent au public, puis s'évanouissent dans l'obscurité. On y croise un enfant et sa grand-mère qui s'étreignent, des jumeaux monstrueux, des fées bienfaisantes, un Bambi qui vole dans les airs, un roi gouailleur, un prince adolescent et une princesse-enfant qui dansent ensemble. Car sur scène, Massimo Furlan mélange les différents âges de la vie, comme si on était tous, et l'enfant, et le vieillard, le petit prince et la sorcière.
Courtes, presque immobiles, ces scènes imprègnent la rétine, mais sans vraiment toucher au coeur. Il semble manquer à l'ensemble un certain mouvement, narratif ou émotionnel, pour que cette création se libère de son effet "projection de diapositives". Dans l'état, ces éclats de contes restent assez creux, quand bien même l'enfant en nous aimerait encore s'y perdre.

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