Rock, tutus et souvenirs

Corinne Jaquiéry , 24Heures week-end, 12.04.2007

Massimo Furlan, créateur d’images vivantes, s’associe pour la première fois à l’auteur Christophe Fiat et fantasme un univers kitsch et rock où les filles sont toujours sublimes et les garçons pitoyables.

« La couverture du magazine « Rock’n’Folk » avec la chanteuse Debbie Harry a changé ma vie d’adolescent. Elle était grandissime… Je n’ai plus jamais été le même après ça ! » s’exclame mi-sérieux, mi-rieur, le plasticien et metteur en scène Massimo Furlan. Paléographe de la mémoire, il s’inspire de l’empreinte indélébile laissée par certains souvenirs. Alors, dans « Les filles et les garçons », quatre jeunes femmes néophytes (Anne Delahaye, Claire de Ribaupierre, Sophie Guyot et Shin Iglesias) s’emparent de l’instrument guitare avec toute la rage de vraies rockeuses. « Massimo parvient à susciter un tel climat de confiance, que nous le suivons, quoiqu’il nous demande », souligne Sophie, qui a déjà joué pour lui les girls emplumées ou les reines cosmiques.
En replongeant régulièrement dans une enfance mythifiée, Massimo Furlan extrait la substance qui donne naissance à des séries d’images scéniques surgies de la nuit. Elles sont à la fois poétiques et délirantes, burlesques et fascinantes. Rythmées par des tubes populaires ou très rock, elles résonnent en écho universel de l’enfance. Envoûté par les allégories féminines aussi bien sexy que vertueuses, l’artiste met aussi en scène le désarroi masculin. « Je me rappelle notamment des moments de panique absolue où j’ai laissé partir une fille de peur de l’aborder. Je ne me souviens plus vraiment des visages, mais mes ratages restent à vif ! » Avec « Les filles et les garçons », Massimo Furlan poursuit sa recherche autour des idéaux enfantins et questionne la rencontre entre les sexes, tentant littéralement d’entrecroiser les deux mondes. « Dans le spectacle, il y a notamment une ruse pitoyable des garçons qui espèrent tromper les filles en s’introduisant dans leur univers, camouflés sous des tutus. Ils vont évidemment très vite se faire repérer et en être violemment éjectés. »
En travaillant avec le texte de l’écrivain Christophe Fiat, également interprète, le Lausannois donne un côté plus sombre et radical à son propos. Les interrogations existentielles des deux artistes ont d’ailleurs des points communs, même si l’un imagine contre toute raison que la rencontre aura lieu, alors que l’autre la sait impossible.
« Un peu plus tôt dans mon enfance, une autre image m’a marqué, se remémoire encore Massimo Furlan. Celle d’Ursula Andress topless dans le film « La montagne du dieu cannibale » de Sergio Martino. La voir ainsi, attachée à un arbre et toujours magnifique, avait suscité une émotion que j’ignorais jusqu’alors… »
Epoux comblé de l’historienne de l’art Claire de Ribaupierre qui participe à la construction de ses fantasmagories, il n’en revient pas d’être devenu cet adulte qui vit et travaille avec des femmes exceptionnelles : « Elles sont intelligentes, sublimes et mères de famille. Et nous les garçons, on essaie de rester à la hauteur, de faire ce qu’on peut… »

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