Filles et garçons, ces inconnus de l’autre sexe

Anne-Sylvie Sprenger, Le Matin Dimanche, 22.04.2007

« Dès la première enfantine, la relation entre filles et garçons nous poursuit. Que l’on soit enfant, adolescent, célibataire ou père de famille, on a toujours ce rapport impressionnant et impressionné avec l’autre sexe », lâche Massimo Furlan, l’œil titillé à l’idée de ce territoire mystérieux qui reste toujours à découvrir.
Fasciné par la question – « mais qui ose dire qu’il ne l’est pas ? » –, le metteur en scène lausannois lui dédie son dernier spectacle, sobrement intitulé « Les filles et les garçons ».
Du Massimo Furlan pur cru, avec imageries fantasmatiques, ton décalé, références pop et autres touches très personnelles, comme ces réminiscences de l’enfance où se mêlent la peur et la honte. « Je me souviens avec émotion de ces moments de panique absolue où, au lieu d’aller vers la fille qui nous plaît, on reste planté là, les bras ballants, laissant peut-être passer l’occasion de sa vie ».

La vision des garçons

Le spectacle de Massimo Furlan donne en effet à vivre ce rapport à travers la vision des garçons. Après le foot et Superman, qui ont fait les sujets savoureux de ses précédents spectacles, c’est précisément au tour des filles d’être auscultées ici sous son regard personnel. « Je ne fais pas un objet pédagogique où j’aurais observé ce rapport sous toutes les coutures. Il y la vision de Christophe Fiat (l’auteur du texte utilisé dans le spectacle, n.d.l.r.) et la mienne, que j’ai puisée dans ma biographie, dans les choses de l’enfance ou de l’adolescence : les filles sont magnifiques, sublimes, totalement intouchables. Parfois on se rencontre, en tout cas on l’espère toujours. »
Avec des images très fortes et visuellement travaillées, l’artiste se met joliment à nu le cœur, comme avec cette scène où une fille assène une rafale de coups au garçon qui se jette à ses pieds. Est-ce à dire que tomber amoureux, c’est se prendre un coup dans la figure ? « Au sens propre comme au figuré ! » répond l’italien de sang, pas si séducteur que ça.
« Quand on tombe amoureux, ça ne se passe pas du tout comme on le rêve, c’est rarement un duo absolument aérien. D’autres fois, il ne se passe juste rien, et c’est tout aussi terrible. En tant que créateur, j’adore ces rendez-vous manqués, ces grandes tragédies de la vie intime qui marquent au fer rouge. »

Douloureuse adolescence

Sous la loupe également, l’âge douloureux de l’adolescence, qui va de pair avec l’éveil à l’autre sexe. Christophe Fiat fait appel aux héros solitaires de Stephen King. Massimo Furlan, lui, décide de donner dans le son rock, avec une horde de filles qui grattent sur leurs guitares électriques.
A la rage adolescente, répondent les bandes-son de grands westerns, comme le rappel d’un temps où tout semblait si simple entre garçons et filles. « Ces voix de cow-boy habitaient aussi notre enfance, c’était des modèles de héros. Mais, quand on les sort de leur contexte, ces stéréotypes se cassent la figure. »
Lui qui invoque toujours le kitsch dans ses créations, n’a-t-il pas justement l’impression que la relation amoureuse est le lieu par excellence du kitsch ?
« A force de trop vouloir bien faire, dans sa façon de s’habiller ou de s’exprimer, on tombe souvent dans le kitsch. Et il y a toujours ces chansons de variété qui accompagnent nos histoires d’amour. Elles sont ultrakitsch, mais en même temps c’est tellement beau. Même quand j’étais punk, si j’écoutais cette musique, je tombais amoureux direct. »
Et, aujourd’hui, où en est-il dans ses tentatives pour comprendre les filles ? « Je n’y suis pas encore, malgré mes efforts quotidens. Ça reste un mystère fantastique, un territoire inconnu qui nous remplit de doutes. Il n’y a pas de repos, et heureusement ! »

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