Filles contre garçons, 1 à 0

Samuel Schellenberg, Le Courrier, 24.04.2007

Lausanne. A l'Arsenic, Massimo Furlan orchestre une rencontre scénique où ces messieurs sont rapidement remis à leur place. Jouissif et punk!

Chez Massimo Furlan, femmes et hommes ne viennent pas de Venus et de Mars. Dans « Les Filles et les garçons », à l’Arsenic de Lausanne, ils viendraient plutôt de Renens, d’Ecublens, ou encore de Libertyville, USA. Dans une nouvelle création qui aligne des bijoux de saynètes, l’artiste lausannois se penche sur le rapport entre les sexes. Et invite, une fois n’est pas coutume, l’écrivain et performer Christophe Fiat à écrire un texte pour lui – parenthèse sombre en milieu de pièce, la proposition du Français revisite deux histoires d’épouvante de Stephen King, sur fond de mal-être ado.

Il y a deux ans au même endroit, dans « (love story) Superman », les garçons menaient la danse – essentiellement pour une question de nombre, il est vrai. Aujourd’hui, avec quatre représentants de chaque sexe, dont Furlan et Fiat dans le camp masculin, les choses se passent différemment. On se regarde tout d’abord en chiens de faïence, avant de passer aux choses sérieuses : sur un écran translucide à l’avant de la scène, où seront régulièrement projetées des images, ces messieurs volent dans tous les sens, subissant uppercuts et coups de pieds de la part de filles qui ne s’en laissent pas conter.
Et pour mieux inculquer sa leçon, la gent féminine n’hésite pas à s’approprier des symboles de la masculinité triomphante – en premier lieu trois guitares et une basse réglées à plein volume.

« Les Filles et les garçons » réunit tous les ingrédients qui font des propositions de Furlan des objets à part : souvenirs d’adolescence, « tableaux » d’une grande qualité visuelle, lumières verticales, ambiances alternant burlesque et mélancolie.
Autant de furlaneries que l’on retrouvait aussi dans les précédents « Palo Alto » (2006) ou « Gran Canyon Solitude » (2003) mais que « Les Filles… » sublime dans la confrontation avec la noirceur du texte de Fiat – véritable test pour l’univers de Furlan, peu habitué à s’imposer une telle dose de pessimisme. En renversnant aisément la vapeur – le final jouissif suit une délicieuse scène d’Euro-karaoké –, le propos du Lausannois démontre la solidité de ses assises.

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