L’amour à mille bals

Michel Caspary, 24Heures, 20.04.2007

Performance. Dans « Les filles et les garçons », à l’Arsenic, Massimo Furlan continue à traquer les souvenirs de son adolescence et le mystère de la figure féminine.

Il est têtu, Massimo Furlan. Voilà des années qu’il met en scène, dans une salle ou dans la nature, ses obsessions postadolescentes. Pour fil rouge, une question : qu’est-ce qu’une femme ? Il a beau être marié, ce jeune quadragénaire n’a toujours pas trouvé la réponse. Ce n’est pas faute d’avoir essayé avec ses productions « Girls change places » (dans le train Nyon-St-Cergue), « (Love Story) Superman » (à l’Arsenic) ou encore, depuis mardi, « Les filles et les garçons (au même endroit). On le soupçonne, cependant, de brasser volontairement, et non sans jouissance, toujours les mêmes cartes. Les aficionados de Massimo Furlan (ils sont nombreux) retrouvent ainsi dans cette nouvelle création des personnages, des images, des accessoires, des effets techniques et des comédiens récurrents. Avec une nouveauté, cependant : du texte !
Un seul, pas très long, signé Chrisophe Fiat et incarné par Shin Iglesias, ici membre d’un quatuor de rockeuses. On y découvre les affres d’un garçons et d’une fille, qui se disputent avec leurs parents respectifs, qui flirtent avec la mort, dans une ambiance empruntée à Stephen King, roi de l’horreur littéraire, mais aussi cinématographique, en souvenir de cette vicieuse voiture tueuse nommée « Christine ».
Du cinoche donc, dans ce spectacle qui se joue derrière un immense tulle, sur lequel se multiplient les projections. On y voit des garçons secoués comme des punching-balls par des filles (c’est toujours elles qui commandent au bout du compte, non ?). Ou encore Sylvester Stallone dans « Rocky », héros américain par excellence. Et le rêve américain, ce n’est pas rien dans les souvenirs du petit Massimo. Ce Rocky parti de rien, qui fait de son corps et de ses poings ses jockers, et qui rêve de gagner, mieux : de s’envoler. Entre Icare et Superman. On ne se lasse pas de ces références. De ces anges qui n’ont peur de rien, quitte à se brûler les ailes.

Univers ludique

Références et métaphores sont nombreuses dans l’univers ludique de Furlan. Côté bande-son, un petit tour du côté du western (« Il était une fois dans l’Ouest », sauf erreur). Côté chorégraphique, un petit clin d’œil à « West Side Story », avec deux clans qui se toisent, celui des filles et celui des garçons, où chacun fait le malin, joue au dur, veut la bagarre, mais a le cœur tendre. Le temps d’un ballet à deux irrésistible sur la chanson du groupe Il était une fois , « J’ai encore rêvé d’elle » - et si fort « Que les draps s’en souviennent/Je dormais dans son corps/Bercé par ses « Je t’aime ». Kitsch ? Et comment ! Mais avec un tel décalage que cela en devient drôle ou touchant. Massimo est un Roméo amoureux de toutes les Juliette du monde. Il le parcourt depuis des lunes, en vélomoteur ou en rêves, avec ou sans pyjama Calida. A sa manière, il mène le bal, distillant sans retenue des « Baby, I Want you, Ich liebe dich » ou « Ti amo » à ces filles inaccessibles. On en connaît une, cependant, qui a craqué : la mère de ses trois filles. Croyez-vous qu’elle soit jalouse ? Pas du tout. Elle joue dans les spectacles de son mari. Tous les garçons et les filles de leur âge ont une nostalgie sincère ou secrète qui les rassemble mais leur fend parfois le cœur. Et le nôtre avec.

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