Massimo Furlan, Superman radical

Miruna Coca-Cozma, L'Hebdo, 13 avril 2006

Au commencement, il y a l'image. Un instant figé qui se cache dans les méandres de la mémoire. Ensuite, il y a le détournement, cette façon de créer des tableaux vivants dans la longueur et le silence. A la fin, il reste ce goût d'absurde, de burlesque et, surtout, d'autodérision. "Toujours! Pour quelqu'un qui aime rire des autres, il faut savoir rire de soi, sinon ce n'est pas drôle. L'humour est un procédé qui permet le renversement d'un monde donné."

Renverser et éclater, c'est ce qu'aime Massimo Furlan, ce peintre devenu scénographe qui vit en grand ses rêves de Superman. Le môme Massimo, autrefois en pyjama Calida bleu, une serviette attachée autour du cou, accomplit son rêve dans "(Love story) Superman". Ils sont six à endosser le costume mythique. A la fois fascinés et maladroits, vieillissants et rêveurs, avec leur bide et leur gueule de bois. Ils tentent des pyramides humaines qui échouent lamentablement et la téstostérone en prend pour son grade.

Avec na nouvelle performance, "Palo Alto", à l'Arsenic de Lausanne, Massimo Furlan poursuit son voyage à travers les souvenirs de son enfance, lesquels nourrissent ses créations depuis plusieurs années.

Au centre, il y a l'image. Le souvenir des vacances en Italie. Massimo et sa soeur qui préparent "il circo" pour le présenter devant les grands-parents. Instant figé sur la rétine et point de départ pour "Palo Alto", qui développera d'une manière fantasmagorique l'univers baroque du cirque, sans s'appuyer sur un récit, seulement sur des images mémoire et des personnages burlesques: le chanteur de variétés, le dompteur de tigres, la Madone silencieuse.

La radicalité des performances de Massimo Furlan, minimaliste qui vit ses rêves de gosse, réside dans la simplicité de la situation, dans l'impact de l'image sur le public. "Pour moi, une scène, des chaises, c'est déjà un spectacle. Danser un slow sur un plateau de théâtre, c'est l'une des expériences les plus fortes et hallucinantes que l'on puisse voir, car on a tous dansé des slows mémorables à un moment donné."

Cet été, il sera sur la pelouse du Parc des Princes à Paris, seul et sans ballon, pour rejouer la demi-finale de la Coupe du monde de 1982, France-Allemagne. A l'occasion du Quartier d'été au Parc des Princes, il enfilera le maillot N°10 de Michel Platini pour une performance ludico-nostalgique. Massimo Furlan apprend un match comme d'autres apprennent un texte. A la fin, il en restera au moins une image.

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