Entre la Vierge et Joe Dassin

Anne-Sylvie Sprenger, 24 Heures, 22 avril 2006

La nouvelle création de Massimo Furlan, orchestrateur d'images, séduit le public de l'Arsenic.

C'est du noir intense que sortent les images de ce spectacle, comme les souvenirs éclatent soudainement dans le présent, flashs incisifs aux couleurs vives, exacerbés par le regret du jamais plus. Présenté ces jours à l'Arsenic, "Palo Alto", la nouvelle création de Massimo Furlan, orchestre avec malice quelques souvenirs d'enfance, entre jeux de cirque, chansons kitschissimes et figures bibliques.

Du noir, donc, et la bande-son de Radiohead, une musique rugueuse et incertaine. Et ces flashs, comme des fantasmagories étranges, mais sans inquiétude. Une danseuse emplumée, Jésus et Marie, un vieux couple, un skieur, deux jeunes filles patriotes ou encore un chanteur has-been. Associations étranges, comme l'est le fonctionnement de la mémoire et des rêveries solitaires. Massimo Furlan crée dans la bonne humeur, et cela se sent. Comme s'échappe l'odeur fruitée de la nostalgie de ses vacances d'enfant. Sur scène, dix-huit commédiens enivrent le spectateur de sensations éparses. Les appartitions d'un Joe Dassin endimanché et d'une troupe de cirque aux efforts inversement proportionnels à la difficulté de leurs exploits sont entre autres tout simplement irrésistibles.

Avec grâce, le kitsch et le sacré se croisent, avec esprit la poésie et le risible s'effleurent dans ce spectacle qui réfute tout sens pour porter le spectateur dans un "état de contemplation". En effet chez l'artiste lausannois, les mots ne comptent pas. Trop clairs, trop explicites, il leur préfère la liberté d'interprétation qu'offrent les images, leur force à stimuler les imaginaires de chacun. Le spectacle proposé n'en est pas moins d'une précision remarquable et l'on se doit de noter la qualité de l'éclairage, qui donne, comme on dirait d'un film, une photographie chaude et envoûtante. Et quand Marie fait des bêtises avec le sythétiseur, sous le regard agacé de son saint fils, on se rappelle que tout n'est que jeu, tout n'est qu'émotion.

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