Le match du fou de foot

Cathy Blisson, Télérama sortir, 2 août 2006

Enfant, Massimo Furlan mimait en solitaire les matchs de foot retransmis à la radio. Adulte, il continue... sur un vrai stade.

Massimo Furlan est né en Suisse de parents italiens, n'a pas rencontré Che Guevara, pas fait le tour du monde pieds nus. Donc il puise dans les souvenirs quelconques qui font les drames et tragédies d'une existence. Comme ses parties de foot en solitaire. "Je jouais seul dans ma chambre, en écoutant les retransmissions de la radio italienne, dit-il. Je plongeais sur la moquette; mon bureau faisait office de but et la chaise, de gardien. J'étais champion du monde quatre fois par soir, transporté dans un stade de 80 000 personnes dont je devenais la figure héroïque."
Mais voilà, en 2000, il a 37 ans (âge avancé de retraite footballistique) et le sélectionneur de l'équipe d'Italie ne l'a toujours pas appelé. Massimo poursuivra donc sa vie d'artiste, plasticien sorti des Beaux-Arts converti aux travaux scéniques (pas vraiment du théâtre, pas vraiment de la danse, mais des objets artistiques peuplés de personnages fantasmés). Il est temps, pour lui, de jouer son match d'adieu au rêve de sauveur de la Juventus de Turin. Alors il revisite la finale Italie-Allemagne de 1982, dont il rejoue la moindre action, seul et sans ballon, dans un stade de Lausanne, puis à Milan. Accompagné en direct par la voix d'un mythique journaliste radio local, qui le glisse enfin, lui, Furlan, numéro 23, dans le commentaire du match. En Italie, tandis qu'il court, dribble et tire en solo sur la pelouse, 3000 "supporters" l'acclament et "font la hola" avant de traverser la ville en klaxonnant.
Avis aux traumatisés de la Coupe du monde 2006, ce qui suit pourrait heurter votre sensibilité. Car, pour Paris Quartiers d'été, Massimo s'apprête à faire revivre au Parc des Princes une précédente tragédie footballistique nationale: la demi-finale France-Allemagne 1982, perdue par les Bleux aux tirs au but. Avec le journaliste télé Didier Roustan au commentaire, le sélectionneur de l'époque, Michel Hidalgo, sur le banc de touche, et Massimo Furlan sous la casaque de Platini, le numéro 10, "celui qu'on appelle toujours l'artiste". L'artiste populaire, les fantasmes qu'il incarne, sa quête de reconnaissance: voilà la matière première du performer Furlan. Une icône, que Massimo l'artiste s'escrime à imiter au fil de tentatives "pathétiques et kamikazes", qu'il soit joueur de foot, chanteur de charme ou même Superman. Chaque soir, le petit Massimo revêtait ses pyjamas bruns avec bouts de manches jaunes, qui ressemblaient furieusement à des panoplies de superhéros, pour peu qu'il les assortisse de bottes en caoutchouc et d'une serviette autout du cou. Quadragénaire, Furlan, pour une performance présentée à la Villette en 2005, a rhabillé quelques-uns de ses amis et lui-même en supermen poursuivant une jeune fille qu'ils n'attrapaient jamais. Mais un jour, c'est écrit, il sera un héro, un vrai. Dans une prochaine vidéo, il recevra moult récompenses mirifiques, du prix Nobel au trophée de formule I. Cela s'appellera "And the Winner is..."

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