Les bambinis sont lâchés

Françoise Jaunin, 24heures, 7 mai 2003

Furlan côté scène à l'Arsenic et côté atelier à l'Espace Saint-François.

LAUSANNE
Sur le papier ou sur le plateau: même combat. «Depuis 1999, dit-il, le besoin d'incarner mes personnages dessinés, bouffons et touchants à la fois, me démangeait.» Dès lors, les bambinis de Massimo Furlan mènent deux vies parallèles qui se renvoient la balle et se relancent l'une l'autre: à l'atelier, ils se sont faits encore plus basiques et minimaux, à la fois agressifs et poétiques, grotesques et émouvants. Ils voudraient bien avoir l'air féroces, mais ils sont surtout attendrissants, ces fantômes ricanants de l'enfance perdue, ces petits gnomes des fantasmes débridés.

Sur scène, ils ont depuis l'an 2000 bénéficié d'un casting d'enfer, avec Massimo himself dans le rôle-titre du looser magnifique et pathétique et ses potes pour jouer autour de lui quelques autres bambinis dérisoires, des filles de rêve ou la fanfare qui achève sa prestation en catastrophe, forcément. «Mais attention, précise-t-il, il ne s'agit pas de théâtre: cela reste une performance de plasticien. Je ne suis pas comédien, je ne viens pas raconter une histoire sur un plateau. J'y mets en scène des «images longues» qui parlent exactement de la même chose que mes dessins, peintures et vidéos: l'enfance, la mémoire, l'effacement, les héros qui m'ont fait rêver quand j'étais môme et que je ne serai jamais. S'y mêlent et s'y imbriquent donc l'aura magique du rêve et le pathétique constat d'échec. J'ai le sentiment que cela rejoint un pan intime de la mémoire collective où beaucoup peuvent se reconnaître un peu...» Tandis que l'Arsenic accueille sa dernière performance Gran Canyon Solitude où on le verra tout scintillant de paillettes chevaucher... un vélomoteur, l'Espace Saint-François présente ses dessins, photos et vidéos récents, notamment son étonnant remake en solitaire dûment commenté par Jean-Jacques Tilmann de la mythique finale de 1982 Italie-Allemagne, où il s'est infiltré en tant que «Numéro 23».


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